Rapport Auclaire intégral (source CNC)


Le rapport Auclaire
Le rapport Auclaire

jeudi 5 mars 2009

Introduction

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008
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« Mesdames, Messieurs, Veuillez gagner vos places, la séance commence ». Cette injonction prononcée d’une voix douce mais impérative est bientôt suivie de l’extinction progressive des lumières de la salle ; les rideaux d’écran s’ouvrent devant la toile blanche : générique !

Ainsi commencent rituellement les séances des films présentés au Festival de Cannes. Ce court instant suffit à focaliser l'attention du spectateur vers l'écran, avant même que le film ait commencé. Toutes les séances de cinéma ne commencent pas de cette manière, et l’on n’oublie pas que le cinéma est apparu d’abord comme une curiosité foraine. Mais tout cinéphile sait que les circonstances de la séance comptent dans la trace que laisse un film dans sa mémoire. Ce rituel signifie que le film ne se consomme pas comme un produit courant, qu’il ne se borne pas à occuper un temps libre, qu’il s’inscrit dans une durée et un espace qui lui sont propres et non dans la continuité du quotidien.

La prolifération de l’image dans tous les actes et à tous les instants de la vie fait passer pour anachronique l’acte de se déplacer, attendre, payer, s’immobiliser, pour un spectacle dont on peut jouir chez soi selon son bon plaisir.

Or, les cinéastes continuent à travailler pour le spectateur en salle, qu’il s’agit d’attirer, de retenir et de captiver pendant toute la durée du film, dont on craint les réactions imprévisibles et sans appel, mais dont seule la présence donne son sens à l’œuvre projetée. La rencontre en salle de projection des films et des spectateurs, la circulation des films, la formation du public au regard sur le cinéma, sont des faits constitutifs de l’activité cinématographique, aussi nécessaires que la créativité des auteurs, le savoir-faire des comédiens et des techniciens, l’audace des producteurs.

Par ailleurs, on évoque souvent la divergence supposée entre les principaux opérateurs du marché, qui n’auraient pour objectif que de préserver leur position économique dominante, et les opérateurs culturels, qui seraient les défenseurs ultimes du cinéma « de création » et de l'identité cinématographique de la France. Dans la situation de tension chronique qui est une des constantes de notre système cinématographique, tout évènement affectant l'un ou l'autre « camp » donne lieu à polémique. Lorsque les arbitrages budgétaires nourrissent la crainte d'un éventuel changement de la politique de l'État, tous ceux dont l’action est étroitement dépendante du soutien des collectivités publiques élèvent une protestation véhémente. C'est dans un tel contexte que Madame Christine Albanel, Ministre de la culture et de la communication, et Monsieur Xavier Darcos, Ministre de l'éducation nationale, ont présenté au début de l’année 2008 une communication au Conseil des ministres relative à l'éducation artistique et culturelle. À cette occasion, ils ont réaffirmé que l'éducation artistique, dont fait partie l'éducation à l'image, était un enjeu fondamental du système éducatif.

À la suite de cette communication, et estimant que l'organisation du soutien de l'État à l'action culturelle cinématographique demandait une meilleure lisibilité et une plus grande efficacité, Madame Christine Albanel, par lettre du 18 février 2008, a confié une mission de réflexion et de proposition à l'auteur du présent rapport. La mission a pour objet d’abord de dresser un état des lieux des actions conduites en faveur de la diffusion cinématographique, audiovisuelle et multimédia, ensuite de formuler des propositions de nature à améliorer la complémentarité et la cohérence des actions menées en faveur de la diffusion culturelle, de l'aménagement cinématographique du territoire, et de l'éducation à l'image.

Sur la base des auditions auxquelles il a été procédé et des documents qui ont été remis par le CNC et par les représentants des organisations entendues, le présent rapport d'étape comporte trois parties : d'abord un ensemble d'éléments d'analyse et de diagnostic de la diffusion culturelle du cinéma, ensuite une observation plus détaillée et des propositions concernant les espaces culturels pour le cinéma, enfin l'esquisse d'un bilan et des propositions relatives à l'éducation à l'image et à la culture cinématographique.


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Au préalable, l'auteur du présent rapport doit rendre compte de la tonalité particulière des nombreux entretiens qu'il a pu avoir avec des interlocuteurs professionnels, qui lui ont réservé par ailleurs le meilleur accueil. L'annonce d'une réduction en 2008 des crédits affectés à l'action culturelle cinématographique a fait éclater un malaise que les correctifs apportés en début d'année n'ont pu entièrement dissiper. Alors que les crédits consacrés globalement au cinéma étaient accrus, cet épisode a laissé l'impression que ces questions ne sont pas placées à leur juste valeur dans la hiérarchie des préoccupations des responsables de la politique cinématographique de l'État. Or, seul l'appui de l'État, suivi de celui des collectivités territoriales, est jugé capable d'assurer la pérennité des programmes d’action culturelle. Les compléments de crédits dégagés début 2008 n’ont pas affaibli la détermination des opérateurs à poursuivre leur action, et la confiance qu'ils peuvent attacher aux engagements des pouvoirs publics demeure sérieusement ébranlée.

La détermination reste parce que les acteurs de terrain estiment leur action légitimée au contact des publics et s'attachent aux demandes de leurs interlocuteurs quotidiens. En outre, ces activités, particulièrement en matière d'éducation au cinéma, sont accomplies avec des moyens financiers localement très limités, et même dans de nombreux cas grâce au recours au bénévolat. Il ne faut donc pas s'étonner de la vigueur de certaines réactions, puisqu'il ne s'agit pas ici seulement d'enjeux financiers mais aussi de la reconnaissance de l'engagement personnel des participants.

Le doute qui s'est installé n'a pas disparu à l'annonce d'une relance spectaculaire des activités d'éducation artistique alors que beaucoup de ceux qui les mettent en œuvre demeuraient dans l'incertitude quant à leurs moyens d'action immédiats. Pour que l'objectif des pouvoirs publics soit relayé par les acteurs de terrain, condition nécessaire bien que non suffisante pour le succès de cette politique, il est indispensable que des gestes significatifs soient accomplis dans leur direction afin de rétablir une relation de confiance envers la parole des représentants de l'État.

Le premier de ces gestes est le rétablissement d'un niveau de crédits suffisant pour assurer le maintien des activités engagées, quitte à procéder en temps utile à une évaluation sans concession des résultats obtenus. La réalisation d'un nouvel objectif très ambitieux ne pourra pas non plus être obtenue sans moyens supplémentaires. Cela n'est pas contradictoire avec la recherche d'une plus grande efficacité de chaque euro investi, conformément à la règle désormais en vigueur en matière de finance publique. Mais cela suppose que l'administration soit à l'écoute des suggestions des opérateurs locaux et s'engage dans une nouvelle phase de décentralisation et de déconcentration en matière de culture cinématographique.

Si un climat nouveau peut être ainsi créé, le rapporteur ne doute pas de l’engagement de tous ceux qui participent à la diffusion de la culture cinématographique. Le présent rapport s'efforce de contribuer à l'instauration de ce nouvel état d'esprit.

A.I • Culture cinématographique et commerce du film

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Si l’on s’en tient aux événements cinématographiques les plus notoires de l’année 2008, la situation du cinéma français semble très positive : une suite sans précédent de récompenses internationales un record historique de fréquentation pour un film français, Bienvenue chez les Ch'tis, sorti le 27 février 2008, 20.285.017 entrées (source CBO) un volume élevé de production de longs-métrages. Dans le même temps, on a rarement vu autant de controverses et d’incertitude devant l'avenir, mais aussi de réflexions sur les structures mêmes de l’économie du cinéma et sur la politique à mener par les pouvoirs publics.

Le cinéma appartient à l'industrie de la communication et du divertissement, mais il est aussi le lieu d'un travail de création artistique destiné à des spectateurs attentifs et passionnés qui en font bien plus qu'un loisir. Il s'agit bien d'un seul marché, qui obéit à des règles communes de fonctionnement, mais qui englobe une extrême diversité de contenus, de poids économiques, de critères d'appréciation des résultats. Comme on le verra ci-après à travers l'analyse des données, si la diffusion culturelle du film demeure quantitativement restreinte par rapport au marché principal, les facteurs d'intérêt et de soutien d'une partie du public ne manquent pas.

La question de la place de la culture dans le fonctionnement du système est donc naturellement au cœur des débats en cours : incertitudes sur l'avenir de la représentation des films en salles, polémiques sur les salles municipales, interrogations sur la place du cinéma dans la nouvelle politique d’éducation artistique, appels au soutien de la diversité culturelle, et bien sûr revendications et critiques sur les financements publics. Autant de thèmes qui sont aussi présents dans les réflexions menées par ailleurs sur les conditions de la production, sur la concurrence dans le domaine du cinéma, ou sur la projection numérique en salle.

La force et la persistance des critiques suscitées par les décisions de l'automne 2007 témoignent autant des interrogations des opérateurs sur des enjeux de portée générale que de leurs difficultés à supporter une baisse de leurs moyens financiers :
  • Quelle doit être la place de l'action culturelle par rapport à l'économie du cinéma ?
  • Quelle est la politique de l'État en matière d'éducation au cinéma et de diffusion de la culture cinématographique, et quels sont les moyens disponibles ?
  • Quel peut être l'engagement des collectivités locales dans le domaine du cinéma ?
  • Quels sont les effets de la répartition des responsabilités entre les différents opérateurs publics et privés ?
  • Quelle doit être la répartition des fonctions entre les services déconcentrés et les services centraux de la culture, en particulier le CNC ?

S’agissant des bases du raisonnement que l’on tentera d’appliquer au domaine de l’action culturelle, on retiendra les trois prémisses suivantes :
  • Repousser la tentation du dualisme entre une logique qui serait fondée sur les règles de l’économie de marché appliquée au cinéma, et une autre qui serait au contraire fondée sur la primauté inconditionnelle de la création et de la diffusion culturelle. En cette matière, l’économie et l’art sont indissociables selon un principe qui a sans doute permis le maintien en France d’un secteur cinématographique puissant. Il suffit de constater les échecs enregistrés par des films issus de spéculations de marketing, et qui n’ont pas fait une place suffisante à la création et aux auteurs, interprètes et techniciens du film. En sens contraire, de trop nombreux films n’atteignent pas leur public, quelle que soit leur réussite artistique, soit parce que leur forme ou leur propos demeurent trop éloignés des spectateurs même avertis, soit parce que l’économie de leur production et de leur diffusion ne leur donne pas un accès réel au marché.
  • On n’entrera pas plus dans l’opposition courante entre les entreprises dominantes du secteur, qu’elles soient ou non «intégrées», et celles qui se créent et entendent survivre sur la base de l’indépendance. Toutes les semaines, cette opposition est ranimée par les plans de sortie des films, de même qu’elle est présente en matière de production. Mais là encore, et à moins de verser dans un modèle inspiré de celui des studios hollywoodiens des années 50, le système français se caractérise par sa mixité et sa plasticité. Beaucoup des grands d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ans, beaucoup des «petits» promis naguère à une rapide disparition sont toujours actifs. Et de nouveaux entrants apparaissent sans cesse, témoignant de la vitalité du cinéma français.
  • Enfin, on refusera tout autant l’opposition sommaire entre deux politiques du cinéma. L’une serait critiquable car attentive aux seuls intérêts financiers et commerciaux de «l’industrie». L’autre serait légitime parce que fondée sur des concepts d'intérêt public : l'action culturelle, le soutien aux créateurs, la promotion de l’accès égal à toutes les œuvres. La politique publique du cinéma a toujours veillé au maintien d'équilibres complexes : soutenir la création et l'innovation en même temps que permettre l’émergence d’entreprises structurant le secteur ; veiller à la plus large diffusion du film en même temps que tenir compte des mécanismes du marché. Et ceci passant notamment par la promotion globale du cinéma, la formation des publics, le soutien de la diversité culturelle. Ainsi doit-on considérer que la politique économique du cinéma se fonde pour une large part sur des choix de politique culturelle ; de même que le soutien à la diversité de la création et de la diffusion du film est une contribution à l’économie du secteur.

mercredi 4 mars 2009

A.II • 1 • Le nouveau public du cinéma

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |


Sur une longue période, il semble à première vue que le public du cinéma soit relativement stable. Il n’en n’est rien, comme le montre une étude publiée par le CNC, intitulée "Évolution du public des salles de cinéma - 1993/2007", qui fournit un ensemble de données nouvelles sur les comportements collectifs des spectateurs. Certains éléments mettent en évidence des facteurs d'évolution importants de la composition du public des salles de cinéma ; d'autres semblent justifier des analyses nuancées sur certains aspects de cette évolution. Pour la présente étude, on en retient les éléments qui suivent.



La stabilité relative de la pratique du cinéma en salle

L'évolution du nombre moyen d'entrées annuelles par spectateur est positive, de 4,6 à 5,1 entrées (+ 10,8 %) entre 1993 et 2007, mais peu significative. L'année 1993 fait en effet partie de cette décennie 1987/1997 qui a vu une succession de résultats nationaux inférieurs à 150 millions d'entrées, jusqu'au redressement constaté à partir de 1998 qui semble se maintenir bon an mal an depuis lors. L’explication la plus courante de ce redressement réside dans la création de multiplexes et leur implantation dans les points clés du territoire. Il faut aussi la rechercher dans l’augmentation du nombre de films offerts sur le marché, principalement des films français et européens.


Si l'on observe le taux de pénétration cinématographique, estimé non pas sur la base de statistiques de fréquentation mais à partir de l'enquête Médiamétrie "75.000 Cinéma", on note que ce chiffre a augmenté modérément. Mais comme pour le nombre des entrées par spectateur, il faut pondérer avec l'augmentation d'un tiers du total des entrées entre la première et la dernière année de la période observée. Si l'on prend pour référence des années de fréquentation comparable, par exemple 1998 et 2007, on voit que ce taux, comme d'ailleurs le nombre moyen d'entrées, montre une certaine stabilité (cf. tableau). C'est donc bien la variation de la composition du public qu'il faut analyser pour mieux identifier les enjeux futurs.





La transformation de la répartition des spectateurs selon l’âge.

L'examen des données relatives aux tranches d'âge fait apparaître des modifications importantes de la structure du public du cinéma. Comme ces changements sont liés à la démographie, ils entraînent des conséquences durables.

On observe d'abord un phénomène préoccupant, la baisse importante du taux de fréquentation de la tranche 25/34 ans (- 14 %), alors que cette catégorie fournissait naguère une part importante du public. Selon l'enquête, 14,7 % des spectateurs de 2007 ont entre 25 et 34 ans, contre 17,1 % en 1993. La part des 25-34 ans a progressé entre 1993 et 1997 jusqu'à atteindre 20,5 % des entrées, pour décroître les années suivantes. En 2007, 12,3 % des entrées sont générées par cette tranche d’âge. Pour ce qui est des moins de 25 ans, leur part baisse en quinze ans de 21,5 % dans la population cinématographique et de 18,3 % dans le total des entrées. Ceci est surtout dû au comportement des 15/25 ans, alors que la situation est moins défavorable pour les moins de 15 ans. Au contraire pour la tranche 6/10 ans, tous les paramètres sont positifs, même si les taux de fréquentation demeurent largement inférieurs à la moyenne !

L'un des principaux faits nouveaux est l'augmentation du taux de fréquentation pour toutes les tranches d'âge à partir de 50 ans. Pour certaines catégories, telle celle des 50/59 ans, l'accroissement est même supérieur à 50 %, donc bien au-delà de l'évolution globale de la fréquentation. C'est donc la catégorie des "seniors" (50 ans et plus) qui affiche de bons résultats pour le cinéma et contribue à maintenir les chiffres d'entrées à un bon niveau. On peut y voir entre autres causes l'effet d'une fidélité au cinéma de la part des spectateurs assidus des années 70/80, en quelque sorte un effet de génération. Par ailleurs la progression de leur place dans la population totale se traduit mécaniquement par l’accroissement de leur part dans le public des salles de cinéma. Composant 38,5 % de la population française en 2007 contre 32,6 % en 1993, les seniors représentent 29,5 % de la population cinématographique au lieu de 18,2 % en 1993. Ils assurent 28,3 % des entrées en salles en 2007 contre 14,3 % en 1993. Le nombre moyen d’entrées annuel des seniors atteint aujourd’hui un niveau proche de la moyenne nationale, parfois même plus élevé.

Les trois diagrammes reproduits ci-après rendent compte des éléments fondamentaux de ces évolutions.








Au regard de l'objet de ce rapport, l’évolution de l’âge des spectateurs conduit à souligner trois éléments :


  • Les tranches d'âge «stratégiques» des 11/25 ans sont les cibles des dispositifs d'éducation à l'image ainsi que des actions de promotion culturelle du cinéma. Mais elles constituent les parties les plus fragiles du public, celles qui sont le plus sensible au pouvoir d'attraction de la consommation médiatique et aux nouvelles technologies.
  • Les enfants les plus jeunes voient leur part grandir légèrement dans le public du cinéma ; toutefois la présence de l'encadrement pédagogique et parental est une condition impérative de leur présence dans les salles.
  • La forte présence d'un public d'âge mûr pourrait s'avérer favorable à une programmation moins sujette aux effets de mode (pour ne pas dire aux effets spéciaux !) et plus attentive aux films classiques et au répertoire ; il s'agit d'un public qui est souvent sensible à une approche conviviale et informative du cinéma comme des loisirs culturels en général.

A.II • L'exploitation commerciale en salles

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |


Proposition n°1 : Organiser une manifestation nationale de promotion collective de la culture cinématographique, sur la base d'un partenariat technique et financier entre les professionnels et le CNC.

La fréquentation totale est marquée par des variations différenciées selon la nature des films.

Au cours des dix dernières années, elle s'est montée en moyenne annuelle à 177,2 millions d'entrées, avec un point bas de 153,6 en 1999 et un point haut de 195,5 en 2004. À noter que le chiffre enregistré en 1978 était de 177,8 millions et que le marché s'est maintenu dans la fourchette 150/200 millions d'entrées au cours de trente dernières années, à l'exception des années de crise de 1987 à 1997. Mais ces importantes variations annuelles peuvent affecter différemment les films qui sont en tête du classement et les autres, comme le montre le tableau suivant :



On voit que le total des entrées des films figurant dans les 100 meilleurs résultats annuels, qui représentent environ 20 % des films distribués chaque année, est déterminant pour le niveau global du marché. En revanche, le résultat des «autres films» est relativement décorrélé du résultat d'ensemble. Alors que dans les bonnes années leurs entrées augmentent moins en pourcentage que celles des films du «Top 100», il arrive au contraire qu’elles montent alors que le résultat d'ensemble baisse. On peut prudemment en déduire que les quelque 80 % de films en cause, parmi lesquels figurent un grand nombre de films «d'auteur», des films de cinématographies étrangères, et des films de répertoire, à côté bien sûr des habituelles sorties techniques... et des échecs commerciaux, voient leur sort public se jouer en dehors des routines publicitaires et autres plans média. Pour la plupart de ces films, l'attachement du public à la séance de cinéma demeure un enjeu fondamental.

L'analyse des résultats publiés chaque année par le «Film Français» Source: Le film Français - Supplément au n°3245/46 - 1er février 2008 met en évidence l’extrême disparité du rapport des films à leur public.

Les derniers chiffres publiés en février 2008 fournissent des indications sur la répartition du marché de la distribution entre l'ensemble des films en exploitation entre le 27 décembre 2006 et le 25 décembre 2007, y compris ceux qui sont encore programmés bien que sortis avant le début de cette période. L'examen de ces résultats donne lieu au constat suivant :
  • La liste comprend pour cette année 656 films, dont les résultats vont de 7,7 millions entrées environ à quelques dizaines de spectateurs.
  • Environ 80 % des entrées ont été réalisées par un quart des films, ceux qui obtiennent plus de 200.000 entrées.
  • À l'opposé, 313 films (soit 47 % du nombre total de sorties) ont réalisé moins de 20.000 entrées France, dont 83 sont des reprises de films du catalogue et 84 des films classés comme films français. Ils ont réalisé ensemble environ 1.700.000 entrées, soit de l'ordre de 1 % du marché global !
  • Comme on peut s'y attendre, presque tous ces films sont sortis sur moins de dix salles Paris-périphérie, et le plus souvent dans une ou deux salles seulement. Il s'agit de sorties essentiellement parisiennes, le nombre de copies diffusées en province demeurant très faible pour cette catégorie. Un grand nombre de ces films ont bénéficié d'une reconnaissance de la critique et des professionnels et la plupart ont connu une diffusion à l'étranger.

Au-delà des disparités traditionnelles du marché du cinéma en salles, il faut souligner ici la menace qui pèse sur la diversité du cinéma : sauf exception ces résultats ne permettent pas d'assurer le simple amortissement des frais de sortie. Les distributeurs concernés voient la poursuite de leur activité subordonnée au «crédit fournisseurs», aux aides à la distribution du CNC ou à des recettes venues d'autres marchés, ventes TV ou DVD. Par ailleurs hors des marchés traditionnels, bon nombre de ces films ont pu trouver dans des festivals ou sous d'autres formes de diffusion une réelle visibilité, voire quelques résultats financiers.


La structure du secteur de l'exploitation.

L'équipement cinématographique du pays a été profondément transformé par la création des multiplexes. Ceux-ci représentent moins de 7 % des établissements cinématographiques et moins d'un tiers des écrans en activité, mais ils réalisent largement plus de la moitié des entrées et des recettes constatées sur le territoire métropolitain. Les quelques 150 multiplexes en activité ont sans doute permis de relancer la fréquentation en salle, mais ces résultats n'ont été obtenus que grâce à une révision complète des méthodes de gestion et de programmation. Les exigences d'exploitation de ces grands sites sont en effet très contraignantes. La logique de l'optimisation du coefficient de remplissage des salles pousse à une rotation rapide des films. Leurs opérateurs sont en position d’obtenir des distributeurs les films susceptibles d'offrir les meilleures recettes. Enfin, les multiplexes sont conçus pour favoriser une stimulation intensive du public et l'inciter à choisir les films autant par impulsion que par choix délibéré.

Il faut toutefois observer que les multiplexes ont leurs limites. Même lorsqu'ils disposent d'un grand nombre d'écrans et qu'ils programment des «films d'auteur», et ce sur une durée minimale de deux semaines, ils ne peuvent guère présenter plus de 200 à 250 films par an, soit à peine plus d'un tiers des titres mis sur le marché. Dans ces conditions l'accès aux multiplexes demeure physiquement à peu près impossible pour les films les plus fragiles, et ne demeure ouvert que pour des films dits «Art et essai grand public». Le maintien d'un ensemble de lieux de cinéma à la programmation diversifiée et convenablement répartis sur l'ensemble du territoire est donc un enjeu majeur pour la diffusion de la culture cinématographique.


La faiblesse des investissements dans la distribution «culturelle».

Ainsi que le montre l'étude sur les coûts de distribution des films français publiée par le CNC en mars 2008, la tendance est à l'accroissement du montant total des investissements des distributeurs au fil des années. Cette tendance s'exprime notamment à travers l'augmentation continue du nombre de copies par film ainsi que par l'augmentation des investissements publicitaires, et ce quelles que soient les catégories.

Par ailleurs, il va de soi que le coût d'une entrée en termes de frais de distribution est très élevé pour les films réalisant un faible score, et rapidement décroissant avec l'amélioration des chiffres d'entrées. Lorsqu'il s'agit de sorties visant avant tout un succès commercial rapide, ce phénomène est logique et parfaitement admis ; il correspond à la sanction du succès ou de l'échec. Mais pour le plus grand nombre des films, le pronostic est prudent ou incertain, et le distributeur ne peut faire face à des pertes importantes ou répétitives. Il en résulte que les distributeurs de ces films doivent rechercher les formules de promotion les moins onéreuses, notamment en ce qui concerne la publicité, et privilégier des solutions de nature à favoriser le contact direct avec le public.



Enfin on invoquera un dernier élément, qui porte sur les opérations de promotion de la fréquentation cinématographique.

L'année cinématographique est ponctuée tout au long de l'année par des opérations de promotion de la fréquentation en salle. La plus ancienne est la «Fête du cinéma» fin juin, qui a été suivie d'autres initiatives moins spectaculaires mais échelonnées environ chaque trimestre. Ces opérations sont organisées sous l'égide des organisations professionnelles, et particulièrement de la Fédération nationale des cinémas français. Elles ont pour points communs d'offrir un avantage tarifaire, et de ne faire aucune distinction entre les films. Il en résulte qu'elles profitent surtout aux titres qui bénéficient du plus grand nombre de copies et qui occupent les premières positions du box-office. La diffusion culturelle ne peut s'appuyer que sur des opérations particulières limitées à un genre ou une cinématographie. Seule l'AFCAE organise en partenariat avec le magazine Télérama une manifestation à vocation nationale de promotion de l'art et essai, malheureusement avec des moyens modestes.

Au terme de cette analyse sommaire, on retiendra cinq constats :

a) La diffusion culturelle des films ne suit pas les tendances globales du marché, que ce soit de manière négative ou positive.

b) Au sein du marché global elle représente un très petit segment en nombre d'entrées mais une large majorité des films présentés au public.

c) Elle ne peut être présente dans les multiplexes et dépend d'autres lieux de diffusion, notamment le parc des salles indépendantes et à vocation art et essai.

d) L'exploitation traditionnelle en salles n'assure pas l'équilibre économique de ce secteur qui doit trouver d'autres moyens pour élargir son public et améliorer son économie.

e) La diffusion culturelle du cinéma souffre d'une visibilité insuffisante du fait de la faiblesse des investissements nationaux et locaux engagés pour sa promotion.


Si rien n'est fait pour remédier à cette situation, on risque d'assister à une aggravation des conditions de la diffusion culturelle, non sous la pression de la programmation dominante, mais en raison de l'abstention du public. Celui-ci est en effet soumis à une saturation médiatique en faveur des nouveaux services de communication, et privé d’une information suffisante sur la création cinématographique. La communication et la promotion ne sont sans doute que des éléments seconds par rapport à la réalité des œuvres, mais elles sont indispensables pour assurer la visibilité nécessaire aux films de nouveaux auteurs ou aux films venus «d'ailleurs». La presse écrite joue d’une manière générale son rôle en consacrant une place appréciable au cinéma, au moins pour ce qui est des quotidiens nationaux et des magazines. Mais on constate que cette couverture est pour une bonne part événementielle et focalisée le plus souvent sur les sorties les plus spectaculaires ; au demeurant son impact sur la fréquentation demeure limité. Quant à la télévision, la place qu’elle accorde à la promotion des films semble s’être plutôt réduite. Les chaînes favorisent comme il est logique les films dans lesquels elles ont investi. Les émissions à vocation «cinéphilique» ont pratiquement disparu. Il est donc très souhaitable que les réformes en préparation donnent la possibilité d’inciter au moins les chaînes publiques à réévaluer la place qu’elles réservent à la culture cinématographique dans leurs grilles de programmes. Certes l’information sur les films est largement accessible sur les multiples sites internet existants. Mais elle ne répond qu’à la curiosité de ceux qui sont déjà motivés.

Afin de mobiliser les médias et le public, une initiative volontariste et partagée entre les professionnels et les pouvoirs publics semble donc nécessaire. C'est pourquoi il est suggéré que le ministère et le CNC mobilisent les représentants des différentes branches professionnelles, des auteurs et des techniciens de cinéma autour d'une manifestation exclusivement consacrée à la diffusion de la culture cinématographique. L’enjeu est d’obtenir l’attention et la reconnaissance des médias, d’attiser la curiosité du public, de générer une relation nouvelle de proximité entre le public et les artistes. Cette manifestation pourrait imiter les opérations existantes en matière tarifaire, mais devrait surtout focaliser l'attention sur des programmations exceptionnelles, sur la découverte ou la redécouverte de films ou d'auteurs méconnus ou oubliés, sur des explorations plus fines de certains genres ou certaines formes du cinéma. Ainsi pourrait-on imaginer une semaine de découverte dans les multiplexes, des séances «surprise» dans les cinémas d'art et d'essai, des parcours cinématographiques avec des artistes ou des techniciens de cinéma. L'opération pourrait également donner lieu à un concours national axé sur des aspects de la connaissance du cinéma ; elle pourrait également faire une large place au jugement du public. Elle pourrait enfin être rapprochée d’un événement ou d’une date qui donne lieu à une couverture médiatique significative, par exemple la période précédant les sélections aux manifestations cannoises.

A.III • 1 • Le marché des salle classées Art & Essai

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Pour les films qui ne s'inscrivent pas dans une logique de marketing du public, le réseau des salles classées Art & Essai représente le plus souvent leur seule chance de diffusion commerciale. Si les salles classées ne constituent pas un réseau au sens strict, elles représentent un ensemble identifié par une référence commune à une politique de diffusion culturelle : importance quantitative de l'ensemble des salles, diversité de la programmation, travail d'animation et de fidélisation du public, présence sur tout le territoire. En 2007, 1.007 établissements étaient classés, pour 2.128 écrans, au lieu de 971 et 1.873 en 2002. Environ la moitié des établissements et des salles de cinéma sont classés.

Les salles classées se caractérisent par la diversité de leur programmation : en 2005, elles ont présenté 87,2 % de l'ensemble des films distribués dans l'ensemble des salles. Elles présentent plus de films inédits et plus de films français que les autres salles. Elles reprennent également des films anciens, quasiment absents des salles les plus commerciales. Les salles Art & Essai les plus exigeantes programment aussi des films de court métrage, ce qu'elles sont seules à faire.

En termes de fréquentation totale, l'ensemble des salles Art & Essai représente environ 30 % des entrées nationales, soit près de 50 millions d'entrées en 2005, dont la moitié ont été réalisées avec des films recommandés. Ces chiffres peuvent varier fortement d'une année sur l'autre en fonction de la structure du marché, certaines années étant comme on l'a vu plus favorables aux «blockbusters», d'autres aux films d'auteur. Si l'on observe les résultats des salles titulaires de l'un ou plusieurs des labels complémentaires au classement, on note que les cinémas «Jeune public» ont réalisé en 2005 (année relativement médiocre sur un plan général) 17 millions d'entrées, les salles «Recherche et découverte» 11,2 millions, et les salles «Patrimoine et répertoire» 8,6 millions d'entrées. Quant aux 57 établissements ayant obtenu les trois labels, ils ont totalisé 5,4 millions d'entrées.

On peut en retenir de manière très approximative que le public attentif aux programmes à fort contenu culturel représente entre 35 et 40 millions d'entrées. Ce chiffre est dispersé entre un très grand nombre de films et un très grand nombre de lieux, mais il constitue néanmoins un marché important. À titre comparatif, selon une étude récente de la DMDTS, la fréquentation totale du spectacle vivant, théâtres publics et privés, musique classique et actuelle, y compris les festivals, est estimée à environ 30 millions de spectateurs. Enfin, un autre facteur souligne l'importance du réseau des salles Art & Essai, la répartition territoriale. Plus de la moitié des établissements Art & Essai sont situés dans des unités urbaines de moins de 50.000 habitants, moins d'un tiers dans des unités urbaines de plus de 200.000 habitants, y compris Paris. Le réseau Art & Essai couvre en fait tout le territoire, alors que les entreprises leaders du secteur se sont concentrées sur la création des multiplexes dans les grandes villes ou à leur périphérie. Les salles classées sont donc accessibles aussi bien dans des communes rurales que dans des villes universitaires, ce qui en fait un élément irremplaçable de toute action ambitieuse de développement de l'éducation au cinéma, en particulier pour le cycle primaire et le collège.

A.III • 2 • La place des festivals dans la diffusion culturelle

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Le terme de festival est devenu tellement banalisé qu'on en perd de vue l'utilité spécifique dans l'économie du spectacle. Il ne fait par ailleurs l’objet d’aucune définition juridique ni économique. En ce qui concerne le cinéma, mis à part un petit nombre de manifestations principalement destinées aux professionnels, et quelques unes dont le cinéma n'est qu’un support de promotion locale, la majorité des festivals offre une exposition indispensable aux films les plus fragiles qui ont les plus grandes difficultés d'accès au public. Ces événements sont désormais pleinement intégrés à l'activité des distributeurs et des exploitants de sorte que les festivals constituent désormais un mode normal de diffusion du film et non plus une catégorie d’événements occasionnels et disparates destinés à des spécialistes et à des passionnés.

Au demeurant, les festivals qui se consacrent en priorité à la promotion du cinéma participent aussi à la promotion et à l'animation de leurs villes d'accueil. À titre d'exemple, une étude réalisée pour le compte de la Chambre de Commerce d'Angers a montré que le Festival «Premiers Plans», organisé dans cette ville depuis plus de vingt ans, avait contribué de manière significative à valoriser l'image de la ville auprès de la population et des décideurs économiques. Le renom apporté par le festival a aussi contribué à accroître la fréquentation touristique, y compris hors de la période du festival. Ce constat pourrait sans doute être fait dans de nombreux autres cas. Ayant bien intégré les apports de ces manifestations aussi bien pour leur politique culturelle que pour leur image extérieure ou locale, les villes et parfois les départements et les régions accordent des aides financières et des concours en nature de toutes sortes. On voit aussi de plus en plus des entreprises privées, locales ou nationales, s'engager dans des opérations de mécénat, notamment en dotant les palmarès de récompenses en espèces ou en nature.

Certes il est malaisé de mesurer la place du public des festivals dans la diffusion culturelle du film, puisqu'en raison de l'absence de définition juridique de ces séances il n'y pas de décompte spécifique des entrées, ni par le CNC, ni par d'autres moyens. De surcroît, il ne peut y avoir de comparaisons homogènes ; les festivals présentent en effet beaucoup de courts métrages ainsi qu'un nombre important de films qui ne feront pas l'objet d'une exploitation commerciale.

Sous ces réserves, le public des festivals représente désormais une part significative de la fréquentation de beaucoup des films qui y sont présentés. À titre d'estimation, si l'on considère les quelques 200 manifestations répertoriées sur le site internet du «Film Français», on peut raisonnablement estimer leur nombre moyen d'entrées à une valeur comprise entre 5 et 10.000 spectateurs. La majorité des festivals ne dépasse sans doute pas les 5.000 entrées, mais les plus importants, comme Angers, Brest, Amiens, La Rochelle, dépassent les 50.000 spectateurs, le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand totalisant quant à lui environ 130.000 entrées par an depuis plus de dix ans.

C'est donc entre 1 et 2 millions de spectateurs qui ont découvert grâce aux festivals des films qu’ils auraient autrement ignoré. On retrouve le même ordre de grandeur que celui des films ayant réalisé moins de 20.000 entrées France selon les chiffres du «Film Français», mentionnés précédemment. Or les entrées des festivals ne sont que partiellement décomptées alors qu'elles représentent un apport substantiel pour beaucoup de films. Il parait nécessaire d'en faire un élément reconnu de l'économie de la diffusion culturelle ainsi qu'on le préconisera plus loin.

A.III • 3 • La diffusion dans le secteur «non-commercial»

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Aujourd'hui considéré généralement comme désuet, le mouvement des ciné-clubs a naguère joué un rôle primordial d'attraction vers le cinéma et de formation des spectateurs qu'on aurait tort d’oublier. À titre de rappel historique, on se reportera aux chiffres publiés par le CNC pour l'année 1978, année au cours de laquelle on continuait à établir un bilan annuel du cinéma «non-commercial», malgré la médiocre fiabilité des données. L'ensemble des fédérations de ciné-clubs était alors considéré comme comptant plus d'un million d'adhérents, auxquels ont été présentés plus de 55.000 «programmes» (c’est-à-dire séances). Entre le 1er octobre 1977 et le 30 septembre 1978, on a ainsi recensé 5.437 000 spectateurs, dont environ 321.000 pour le 35 mm et 5.115.000 pour le 16 mm. Il convient de rappeler à ce propos que la fréquentation totale s'est établie pour l'année 1978 à 177,3 millions de spectateurs, chiffre très voisin de celui de 2007.

Les chiffres habituellement cités aujourd'hui n'attribuent plus que 500.000 spectateurs environ aux ciné-clubs encore en activité, ceci sans aucune possibilité d'en vérifier le bien- fondé. Mais si l'on s'en tient à ce chiffre, on doit constater qu'il est loin d'être ridicule en regard des chiffres mentionnés précédemment. On verra plus loin que la diffusion dans le cadre des trois dispositifs d'éducation à l'image obtient globalement un nombre d'entrées comparable à celui des ciné-clubs voici trente ans ! Il est donc sans doute opportun de porter un nouveau regard sur cette forme de diffusion du film.

A.IV • Les interventions publiques

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

La réalisation de projets d'action culturelle serait impossible sans l’apport des financements publics nationaux et locaux. Dans un contexte de resserrement budgétaire, une rationalisation des programmes et une meilleure coordination des rôles des différents acteurs publics et privés sont devenues impératives.

La diffusion culturelle du cinéma repose sur les investissements et le risque de gestion d'entreprises privées, souvent de petite taille. Elle s'appuie également sur un engagement fort de tous les participants, professionnels ou amateurs, rémunérés ou bénévoles. Quant aux spectateurs du cinéma, ils payent leurs places, les spectacles gratuits et sur invitation demeurant l'exception dans ce domaine. Mais si la perspective de recettes, même avec un risque élevé, est un moteur suffisant pour les protagonistes de la diffusion commerciale, il n'en va pas de même pour la diffusion culturelle dont les recettes ne suffisent pas le plus souvent à assurer l’équilibre. On sait en effet que lorsqu’un cinéaste parvient à une certaine notoriété et au succès en salle, même relatif, ses films passent dans le circuit de l’exploitation commerciale. La diffusion culturelle exerce ainsi une fonction de recherche et de prospection, qui lui est généralement reconnue mais sans que cela donne lieu à rémunération par le marché.

Dans la logique du système français d’aide au cinéma, il est donc normal de faire appel au soutien de l’État et d’autres collectivités publiques. Il s’agit dès lors d'en définir les buts, d'en évaluer le volume et la pertinence, d'en mesurer l'intérêt pour le secteur du cinéma dans son entier.

Or, la définition des politiques publiques, les procédures d'affectation des moyens, le suivi des actions, reposent sur une organisation complexe, qui est source d'incertitude dans les services et ne facilite pas la compréhension des usagers.

Les budgets des ministères de la culture et de la communication, et de l'éducation nationale, le budget du compte de soutien à l'industrie cinématographique, les budgets des collectivités territoriales, dans la limite de leur champ d'intervention, contribuent selon des modalités et avec des niveaux très divers à la diffusion culturelle. Il est regrettable que les données consolidées couvrant l'ensemble des interventions au titre des différents programmes de soutien à la diffusion culturelle ne soient pas disponibles. On trouvera néanmoins ci- dessous un essai de synthèse des informations fournies pas les services du MCC et du CNC, complétées éventuellement de données fournies par certains opérateurs.

A.IV • 1 • L'organisation du ministère de la culture pour le cinéma en région

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Proposition n°2 : Renforcer la relation entre le CNC et les Directions régionales des affaires culturelles.

L'articulation des compétences CNC/DRAC

La répartition des compétences relatives aux interventions culturelles des collectivités publiques dans le domaine du cinéma manque de lisibilité. C’est ainsi que l'intervention du CNC n'est pas intégrée dans le schéma classique administration centrale/services déconcentrés qui est celui des services de l’État.

En effet, en raison de son statut, le CNC n'a pas connu de processus de déconcentration comme les administrations centrales des ministères. Toutefois certaines de ses compétences ont bien été transférées aux DRAC (Directions régionales des affaires culturelles) à partir de 1999, en même temps que les anciennes délégations régionales du CNC ont été incorporées dans les structures des DRAC. Cette mesure visait trois objectifs : déconcentration des opérations et des moyens, collaboration de proximité renforcée avec les professionnels, unité d'intervention entre le ministère et le CNC. Les compétences transférées ont porté sur l'ensemble des questions culturelles et sur les relations avec les collectivités territoriales. Elles ont notamment donné lieu au transfert de la gestion des crédits déconcentrés relatifs aux «programmes jeunes» du CNC et des crédits inscrits dans les conventions avec les collectivités territoriales. Mais il a aussi été précisé que le rôle des DRAC devait rester complémentaire de celui du CNC.

La mise en place de ce dispositif doit être considérée comme une étape. Il convient désormais de procéder à une clarification des responsabilités de chacun, des relations entre services, et des conditions d'affectation des moyens. Si l'on considère les trois niveaux de décision qui sont normalement appelés à intervenir, on perçoit que les motivations sont inégales et l'articulation entre les processus d'intervention incertaine.


Les DRAC ne sont pas assez engagés dans les questions relatives au cinéma

Les conventions État/Région ayant été généralisées, on pouvait s'attendre à ce que les DRAC se saisissent de cette modalité d'intervention pour investir l'ensemble du champ du cinéma et de l'audiovisuel dans leur région. Toutefois, les négociations sont demeurées sous le contrôle du CNC, qui apportait les impulsions nécessaires dans les différents domaines abordés, notamment la production, et une partie des moyens financiers. L'impression demeure que certaines directions régionales semblent se tenir à l’égard du cinéma, «dernier arrivé» dans leur champ de compétence, sur une certaine réserve.

Les directeurs régionaux sont assistés par les conseillers cinéma, issus soit des anciens délégués régionaux du CNC, soit du concours de recrutement du corps des conseillers et inspecteurs de la création et de l'action culturelle (ICCEAC), soit encore de recrutements sur des emplois contractuels. Mais toutes les DRAC ne disposent toujours pas de postes de conseillers. Lorsqu’ils existent, ils sont parfois chargés de plusieurs secteurs culturels ou de plusieurs régions pour le cinéma. Ils ne disposent que de moyens de travail trop restreints par rapport à la variété des matières qu'ils doivent aborder, et ne peuvent guère être aidés en la matière par d'autres services de la DRAC en raison de la spécificité d'une grande partie des règles et des procédures applicables au cinéma.

En effet, le traitement des dossiers concernant le cinéma pose aux DRAC des problèmes spécifiques. Elles se trouvent face à des professionnels gérant le plus souvent des entreprises privées, dont l'objectif est autant économique que culturel. Elles doivent traiter des situations de concurrence et de marché dans lesquelles sont en jeu les stratégies des opérateurs nationaux, et pour lesquelles elles ne disposent pas de moyens d'études appropriés, alors qu’elles ne sont pas familières de ces questions. Par ailleurs, la question du cinéma est de plus en plus présente dans les projets des collectivités territoriales, mais cela tout autant selon une approche d'aménagement urbain ou d'équipement collectif que d'action culturelle. De ce fait, l'intervention des DRAC ne porte sur la culture dans le cinéma que de manière quasiment accessoire lorsqu'elles traitent de dossiers comme ceux qui sont soumis aux CDEC, ou de projets de rénovation de salles faisant appel aux financements du CNC. C'est seulement sur les questions portant sur le classement des salles Art & Essai, et surtout sur le soutien aux manifestations d'animation cinématographique et sur les dispositifs d'éducation au cinéma, que les conseillers cinéma peuvent se considérer dans une position comparable à celle de leurs collègues des autres disciplines.

Enfin, en matière financière, les DRAC disposent certes des crédits déconcentrés inscrits dans les différents programmes destinés à soutenir entre autres des activités du domaine du cinéma. Mais le volume de ces crédits dans le total des crédits gérés en DRAC est presque symbolique, comme il l'est par rapport aux crédits non déconcentrés gérés par le CNC. Cette situation ne contribue pas de toute évidence à mobiliser personnellement les directeurs régionaux dans cette matière.



Le CNC n’est pas assez impliqué dans la relation avec les DRAC

Du point de vue du CNC, on pourrait presque soutenir la thèse inverse de la précédente, et dire que l’action culturelle en matière cinématographique incombe désormais aux services régionaux du ministère de la culture. L’administration du CNC veille à la mise en œuvre des dispositifs nationaux et intervient auprès des opérateurs nationaux mais reste relativement neutre s’agissant des opérateurs locaux. Cette attitude peut être considérée comme logique au regard de la déconcentration, mais n’est guère incitative auprès des DRAC.

La présence des conseillers pour le cinéma auprès des DRAC ne suffit pas à elle seule à la compréhension et à la communication des actions du CNC au sein des directions régionales. Même si nombre de mesures prises par le CNC concernent des opérations dont l’effet est local, notamment dans le domaine de l’exploitation, les décisions importantes en matière de cinéma demeurent concentrées à Paris, non seulement pour ce qui est des pouvoirs publics mais aussi pour les décideurs du secteur privé. Le niveau de décision susceptible d’être pris en DRAC paraît donc relativement subalterne, ce qui ne motive guère la direction du CNC pour associer les directeurs régionaux à son action. Il manque donc à ces derniers une connaissance concrète des interventions du CNC, qui pourrait leur permettre de replacer leur action dans un cadre plus large, par exemple dans le domaine de la concurrence, dans la question de l'intervention des municipalités, ou dans celle de la circulation des copies dans les petites villes et les villes moyennes, demain en matière de projection numérique.



Le Ministère de la culture n’accorde pas à la culture cinématographique une place comparable à celle qu’occupe le cinéma dans l’ensemble de son action

Les interventions du ministère de la culture et de la communication dans le domaine du cinéma portent sur une variété de sujets plus vaste que sur la plupart de ses autres champs de compétence : financement des entreprises du secteur, concurrence et droit des marchés, relations avec les médias, crédit aux entreprises, fiscalité, exportation, nouvelles technologies, et toutes sortes d'autres sujets. Les questions relatives à la création et à la diffusion de la culture cinématographique sont également présentes, mais ne peuvent jouir d’une priorité particulière. Dans les interventions du ministère pour le cinéma il est donc plus souvent question de régulation économique que de tutelle des opérateurs culturels, d'encouragement à l'investissement des entreprises nationales que de relation avec les collectivités territoriales, d'enjeux internationaux que de dialogue avec les acteurs de terrain.

La politique du cinéma est traitée selon des problématiques globales, dans le cadre des relations avec les grands opérateurs de l’industrie de la communication et avec les cinématographies étrangères. Rares sont les manifestations publiques auxquelles le ministre associe des responsables politiques régionaux à ses déclarations ou à sa présence lors d’un événement cinématographique de niveau national.

En matière institutionnelle, il n'est pas besoin d'insister sur les multiples particularismes de la gestion du cinéma par le ministère de la culture. Le statut particulier du CNC, la réglementation professionnelle, le système quasi-unique en son genre de soutien au cinéma, incitent les représentants des pouvoirs publics à réserver un traitement spécifique à ce domaine. Au demeurant la plupart des professionnels ne demandent pas autre chose !

La différence d’approche entre le cinéma et le spectacle vivant, de la part des responsables du ministère ou d'autres institutions publiques, est illustrée par la présence ou non des directeurs régionaux dans les deux manifestations majeures de l'année. Chaque année se tient à Avignon en marge du Festival des rencontres auxquelles assistent les directeurs régionaux et nombre de leurs collaborateurs, aux côtés de nombreux responsables des collectivités publiques et des professionnels du spectacle. Rien de tel n’existe pour le cinéma. Alors que le Festival de Cannes est le théâtre de multiples rencontres professionnelles et politiques, que de plus en plus de responsables politiques nationaux ou régionaux viennent y faire connaître leurs initiatives en la matière, les directeurs régionaux sont absents et les conseillers cinéma pas tous présents.


Les conditions du rapprochement entre le CNC et les Directeurs régionaux des affaires culturelles

Les travaux conduits dans le cadre de la « RGPP » ont donné lieu à une décision de maintien de l'autonomie des DRAC au sein des administrations de l'État en région. Ceci suffit à confirmer que l'action régionale du CNC ne pourra que leur être de plus en plus largement transférée. Il est donc indispensable que le CNC joue pleinement à leur égard son rôle d'administration centrale et leur fournisse les éléments leur permettant de renforcer leur compétence dans le domaine du cinéma et de l'audiovisuel.

La première exigence est la mise à jour des règles qui régissent actuellement les relations entre le CNC et les DRAC. Ce serait l’occasion de donner une forte valeur symbolique au renouvellement des perspectives proposées aux Directeurs régionaux en matière de cinéma. Les études dont le rapporteur a eu connaissance tiennent compte des évolutions constatées au cours des années précédentes. On suggérera de prolonger la réflexion dans deux directions.

D'abord, confier des responsabilités plus étendues aux DRAC dans le fonctionnement des dispositifs d'éducation à l'image, de la même façon que l'on préconise une plus grande décentralisation de ces opérations pour les organismes de coordination, comme on le verra dans la partie consacrée à cette question. Un examen détaillé et concerté avec les représentants des Directeurs régionaux permettrait sans doute d’étendre la déconcentration à d'autres sujets. En second lieu, il y a lieu d’adapter les modalités de gestion des crédits du CNC lorsqu’ils sont affectés à l'animation culturelle en région. Lorsque le CNC intervient pour soutenir des manifestations ou des opérations régionales, inscrites ou non dans les conventions État/CNC/Régions, ces subventions demeurent gérées par les services du CNC à Paris. Certes le compte de soutien ne fait l'objet d'aucune déconcentration de sa gestion, que ses règles de fonctionnement ne prévoient pas. Mais s'agissant d'opérations d'ampleur très limitée au niveau national, bien que significative en région, il parait possible d'associer les Directeurs régionaux, sinon à la gestion comptable, du moins à la répartition et à la fixation du montant des subventions. Il suffirait, au moins dans un premier temps, de mettre en place une procédure de consultation préalable calquée sur les conférences d'arbitrage tenues chaque année à l'automne entre l'administration centrale du ministère et l'ensemble des Directeurs régionaux.

Mais l’amélioration du fonctionnement administratif de la déconcentration doit être prolongée par un acte symbolique auquel il faut donner une forte signification. Celui-ci devrait permettre d’associer les Directeurs régionaux, ainsi que les conseillers cinéma- audiovisuel, à un ou plusieurs événements marquants de la vie cinématographique. À titre d’exemple, il ne devrait pas être impossible de tenir, au moins un an sur deux, une réunion des Directeurs régionaux pendant le Festival de Cannes, ou débutant un jour plus tôt comme les Rencontres Art & Essai. D’autres manifestations s’y prêteraient aussi, certes dans un contexte différent, qu’il s‘agisse du Festival du cinéma d’animation d’Annecy, du Festival de La Rochelle, du Festival des Trois Continents à Nantes, du Festival du Court métrage de Clermont-Ferrand, du Festival Premiers Plans d'Angers, du FIPA de Biarritz, etc. Il parait enfin indispensable que le ministère et le CNC organisent, éventuellement dans le cadre évoqué ci-dessus, un séminaire annuel des Directeurs régionaux exclusivement consacré au cinéma et à l'audiovisuel. Ce serait l'occasion de présenter un bilan de l’action du ministère et du CNC, et de consulter les représentants régionaux de l'administration sur ces sujets. Cela leur permettrait aussi de rencontrer des professionnels de différents métiers afin de compléter leur information. Ce serait enfin un lieu où pourrait être mûrie, le cas échéant en présence d'élus locaux, une réflexion sur les progrès à accomplir en matière de politique de soutien à la culture cinématographique.

A.IV • 2 • La complexité des sources et des lignes budgétaires

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |


Proposition n°3 : Pour 2009 :

  • Doter les lignes budgétaires du ministère de la culture destinées à l’éducation au cinéma sur la base des crédits répartis en 2007.
  • Reconduire la dotation affectée en 2008 par le CNC au financement des festivals.

Proposition n°4 : Pour la période 2009/2011, réévaluer les crédits affectés à l’éducation au cinéma au moins au même rythme que le développement des trois dispositifs.


Proposition n°5 : Mettre en œuvre entre le ministère de la culture et le CNC des procédures de coordination renforcées des services centraux et de ceux-ci avec les directions régionales.

Au sein du budget du ministère, trois programmes "LOLF" incluent des crédits destinés à des actions intéressant le cinéma : le programme 131 (Création), le programme 224 (Transmission des savoirs et démocratisation de la culture), et le programme 175 (Patrimoines). Ce dernier comporte des crédits, d’ailleurs en forte croissance ces dernières années, consacrés à la conservation des archives cinématographiques et aux subventions de fonctionnement à «La Cinémathèque française» et aux cinémathèques régionales et n’a donc pas lieu d’être examiné au titre de la présente mission.

On sait que par ailleurs l'essentiel des interventions de l'État en faveur du cinéma et de l'audiovisuel est retracé dans les programmes 711 et 712, relatifs respectivement aux «industries cinématographiques» et aux «industries audiovisuelles», qui correspondent aux opérations du compte d'affectation spéciale «Cinéma, audiovisuel et expression radiophonique locale», dont le CNC est l'opérateur. L’augmentation des crédits disponibles grâce aux nouvelles ressources du CNC a été principalement affectée à des mesures de soutien sélectif aux différents secteurs d’activité du cinéma. Le CNC apporte ainsi une aide financière à plus d’une centaine d’organismes ou d’associations, qu’il s’agisse d’institutions à vocation professionnelle ou de manifestations culturelles comme les festivals. Toutefois, en ce qui concerne l'éducation au cinéma, seules les dépenses de tirages de copies sont financées sur le compte de soutien.

Les crédits affectés par le ministère à des opérations portant sur le cinéma dans le cadre des programmes 131 et 224 sont pour l'essentiel déconcentrés auprès des DRAC, selon les procédures habituelles de gestion du budget de l’État. Il est à noter que si le CNC est appelé à participer aux réunions de programmation budgétaire où il peut faire entendre ses préoccupations, il ne dispose d'aucun pouvoir de décision sur ces crédits, ni au niveau central, ni au niveau régional.

Les décisions de répartition de crédits prises à l'automne 2007 au niveau du ministère puis par les DRAC se sont traduites pour les associations et les manifestations du secteur cinématographique par des réductions de moyens qui les ont conduit à élever une vive protestation aux niveaux national et régional. Des crédits complémentaires provenant d’autres lignes du budget du ministère ont permis d'abonder dès le début de la gestion 2008, de manière «fléchée», les programmes en cause. De son côté, le CNC a pris en charge directement 29 festivals que les DRAC n'étaient plus en mesure de soutenir dans le cadre des crédits qui leur avaient été délégués, ou dont les caractéristiques justifiaient qu’ils soient traités au niveau national. Ce faisant a été opérée une «reconcentration» de ces interventions. Au terme de ces opérations, on se trouve devant un système opaque pour les non-spécialistes, et peu orthodoxe au regard des règles d'organisation de l'administration et des nouvelles procédures budgétaires. Cette situation est une source d'inquiétude pour les opérateurs. Au total, après correction des prévisions initiales, les dotations pour 2008 se présentent comme suit, pour autant qu'il ait été possible de récapituler l’ensemble des décisions successives de répartition de crédits :

Programme 131

Au titre de l'action 4 de ce programme (économie des professions et industries culturelles), sont soutenues des manifestations d'animation cinématographiques (en général intitulées festivals), des associations régionales ou locales qui participent à des activités de diffusion comme aux dispositifs d'éducation à l'image, ainsi que certaines opérations d'aide à la création et à la diffusion multimédia. Le montant unitaire des subventions est le plus souvent modeste et ne dépasse que rarement 20.000 €. Mais ces contributions ont aussi pour effet d'attester de la qualité des projets, telle qu’elle est évaluée par les services du ministère, condition souvent nécessaire pour l’intervention des partenaires financiers locaux. En 2008, plus de 150 opérations ont bénéficié de ces crédits dans l'ensemble des régions.



En valeur absolue, la réduction des crédits par rapport à l’année précédente est de l'ordre de 577.000 €. Ce chiffre peut sembler modeste si on le rapporte au plan national ; mais en raison du volume relativement limité des dotations de chaque région, il peut représenter dans certains cas la perte de moyens essentiels pour un opérateur local. Certains d'entre eux ne doivent pas seulement résoudre un problème d'économie de gestion, mais préserver la pérennité de leur action.

De plus, du fait de l’intervention du CNC, certaines DRAC se trouvent en quelque sorte dessaisies de leurs dossiers les plus importants. Elles risquent ainsi de perdre une part de leur crédibilité dans le dialogue avec les collectivités. Leurs responsables, Directeurs régionaux et conseillers cinéma, sont alors portés à s’interroger sur la place qu'il leur faut accorder au cinéma dans la hiérarchie de leurs activités. On ne saurait donc sous-estimer la portée des dispositions budgétaires arrêtées en 2008 pour la poursuite d'une politique du cinéma en région de la part du ministère.



Programme 224

Plusieurs actions de ce programme portent en partie sur le cinéma. Mais on retiendra ici celles qui intéressent l'aide aux associations et aux manifestations culturelles, et l'aide aux opérations d'éducation au cinéma :

  • Action 2 (soutien à l'éducation artistique et culturelle) : 3.520.345 €.
  • Action 4 (actions en faveur de l'accès à la culture) : 1.761.378 €.

L'examen de la répartition des subventions par région montre des disparités importantes entre régions. Les crédits affectés à l'éducation à l'image (dispositifs d'éducation au cinéma inclus dans la catégorie «programmes de sensibilisation», pôles régionaux) représentaient en 2006 environ 8 % des crédits de l'ensemble du programme 224. Cette proportion parait modeste si on la rapproche des effectifs d'élèves des différents cycles touchés par les trois dispositifs. On peut faire l’hypothèse que ces actions pâtissent de leur caractère mixte, culturel en même temps que commercial, et du fait que leur financement est supposé pouvoir être complété par le CNC.

Les conclusions à tirer de cette situation sont de deux ordres et portent sur le montant des crédits mais aussi sur la méthodologie.

Sur le premier point, il convient de rétablir la continuité des opérations en inscrivant pour 2009 des crédits d'aide à l'animation et aux actions d'éducation au moins comparables à ceux qui ont été engagés en 2007. Dans une conjoncture d'économie budgétaire, une telle mesure ne peut résulter que de redéploiements internes aux programmes 131 et 224. Il est à noter que ces redéploiements, s’ils sont possibles, ne portent que sur un montant relativement modeste au niveau national, de moins de 1 million d'euros.

En second lieu, il est nécessaire d'établir un nouveau processus de répartition et d'arbitrage des crédits, lorsque les opérations font l'objet de financements mixtes budget du ministère/budget du CNC. Ainsi qu'on l'a vu pour les budgets 2008, à défaut d'une étroite concertation entre les services, il revient au cabinet de procéder après coup à des corrections qui placent l'administration en porte-à-faux et laissent les bénéficiaires insatisfaits.

A.IV • 3 • Les interventions du ministère de l'éducation nationale

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Bien que la mission soit circonscrite aux actions engagées par le ministère de la culture et de la communication, il convient de faire état de celles qui sont conduites au sein des structures de l’éducation nationale. Dans le cadre des programmes d’éducation artistique, de très nombreuses opérations portent sur l’initiation, l’éducation ou la formation spécifique aux domaines de l’éducation à l’image. Ces opérations s’étendent de l’école primaire à l’université.

Si les œuvres audiovisuelles sont présentes dès la maternelle et l’école élémentaire, un véritable travail d’éducation commence au collège, dans le cadre des programmes d’art plastique. Dans les voies générales et technologiques des lycées, un enseignement du cinéma et de l’audiovisuel est ouvert depuis 1989 parmi les sept enseignements artistiques susceptibles d’être proposés. Plus de 10.000 élèves suivent à ce titre un enseignement de cinéma, dont près de 5.000 comme enseignement de spécialité en série littéraire. Cet enseignement comprend le visionnage de trois films dans l’année, choisis chaque année au niveau national et intégrés dans la liste du dispositif «Lycéens et apprentis au cinéma». Le programme est évalué au baccalauréat, à l’écrit et à l’oral. Les classes préparatoires aux grandes écoles littéraires proposent quant à elles une option «études cinématographiques», à raison de quatre heures hebdomadaires.

À l’université, il existe un grand nombre de formations portant en partie ou en totalité sur le cinéma : DEUG «Arts du spectacle», licences, maîtrises et doctorats préparant aux multiples métiers du cinéma et de l’audiovisuel, y compris les métiers de la formation. En ce qui concerne la formation des enseignants, certains IUFM ont mis en place des modules consacrés au cinéma, et une certification complémentaire peut être délivrée au niveau académique pour tous les enseignants désireux de faire valider leurs compétences dans ce domaine. De plus le ministère de l’éducation nationale a créé, à travers le programme engagé par le CNDP à partir de 1998, différents outils pédagogiques parmi lesquels figure par exemple la collection de DVD «L’Eden cinéma». Pour faire face à l’afflux des demandes d’information et de conseil que ces différentes actions ont suscité, ont été créés des «pôles de ressources» cinéma au nombre de quatre en France. Enfin, un grand nombre de ces actions ont été développées grâce au partenariat établi entre les services rectoraux et les collectivités territoriales.

L’action du ministère de l’éducation nationale pour la formation dans le domaine de l’image est donc d’une grande ampleur. Elle a notamment eu pour conséquence l’afflux des candidats aux formations professionnelles et aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel, qui accompagne le développement du secteur. Mais ces actions ne visent pas pour la plupart d’entre elles l’acquisition d’une culture cinématographique par la plus large partie des élèves, ni même leur sensibilisation au film comme œuvre originale. Si un grand nombre d’établissements se sont néanmoins engagés dans cette voie, c’est le plus souvent à l’initiative de certains enseignants et dans le cadre des dispositifs d’éducation au cinéma, en partenariat avec le ministère de la culture et les professionnels du cinéma.

S’il faut souhaiter un accroissement des efforts du ministère de l’éducation nationale pour ce qui est de la place faite au cinéma dans les programmes à tous les niveaux, c’est pour répondre à un triple objectif. D’abord, pour que l’expression cinématographique se voie reconnue comme un élément constituant de la culture des élèves, au même niveau que d’autres disciplines littéraires ou artistiques. Ensuite parce que les formations dispensées par les universités, ou dans le cadre des programmes de formation continue des enseignants, sont indispensables comme on le verra dans la suite du présent rapport pour apporter aux dispositifs scolaires des formateurs qualifiés. Enfin, parce que l’établissement scolaire, s’il ne peut ni ne doit se transformer en salle de cinéma, demeure le lieu où la séance de cinéma doit être préparée puis faire l’objet d’un travail pédagogique.

B. DES ESPACES CULTURELS POUR TOUS LES FILMS ET TOUS LES PUBLICS

La diffusion de la culture cinématographique, les films eux-mêmes mais aussi la connaissance des techniques d'expression propres au cinéma, et l'histoire du cinéma, passe traditionnellement par les «théâtres cinématographiques», les festivals, les associations culturelles.

Chacun de ces trois systèmes a connu, et connaît aujourd'hui, des mutations profondes qui ont transformé leurs places respectives dans la fonction de transmission. De ce fait même, l'attitude adoptée envers les films et le cinéma en général, la valeur culturelle qui leur est accordée, l'intérêt pour certaines formes ou certains genres, ont eux-mêmes évolué. Mais l'objectif de toute politique culturelle reste de mettre à la disposition de toutes les catégories de publics, dans l'ensemble du territoire, la plus grande diversité de films possible, sans exclusive ni hiérarchie, et sans résignation devant les facteurs dominants du marché.

B.I • LE RESEAU DES SALLES ART & ESSAI : CLASSEMENT ET "LABELS"

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Proposition n°6 : Accroître l'effet d’incitation des labels intervenant dans le classement "Art & Essai”.

Les lieux de cinéma existants en France constituent l'un des réseaux les plus denses et les mieux répartis sur le territoire parmi tous les équipements à vocation de diffusion culturelle. En termes économiques, la distinction entre les différentes catégories d'exploitations selon leur degré de concentration et les conditions de la concurrence dans l'accès aux films donne lieu à des débats constants. Le récent rapport de Mme Anne Perrot et de M. Jean-Pierre Leclerc, «Cinéma et concurrence», contient un ensemble de propositions dont certaines recoupent les questions abordées par le présent rapport.

Ces propositions concernent notamment les conditions de fonctionnement spécifiques du «secteur Art & Essai». Le rapport Perrot-Leclerc souligne toutefois d'emblée que : «les instruments de la concurrence ne peuvent pas remplir les objectifs de la politique culturelle : diversité de l'offre, accès de la population à un cinéma de qualité, soutien à une production nationale ou européenne ». Trois propositions de ce rapport sont à prendre en considération :
  • Procéder à un audit des aides à la distribution et à l'exploitation et renforcer leur sélectivité.
  • Imposer aux salles municipales opérant en concurrence avec des exploitants privés de souscrire des engagements de programmation, ou la définition d'un projet cinématographique précis par des conventions ou des cahiers des charges s'imposant aux gestionnaires de l'établissement.
  • Recentrer l'octroi des subventions art et essai, en pondérant l'aide accordée aux salles en fonction du nombre de copies ou du nombre de spectateurs, ou en excluant du calcul de ces aides les films ayant dépassé un seuil d'entrées, et récompenser les efforts d'exposition des films dans la durée.

On ne reviendra pas ici sur la question des aides à la distribution et à l'exploitation, ni sur celle des salles municipales. En ce qui concerne les salles classées Art & Essai, la révision du système existant, notamment en introduisant de nouvelles pondérations liées au nombre de copies ou aux résultats de fréquentation est de nature à susciter d'intenses débats professionnels et à ranimer une controverse superflue sur le concept Art & Essai lui-même. De plus l’aide aux cinémas d’Art & Essai a fait l’objet d’une réforme récente dont toutes les conséquences restent à évaluer. On suggérera donc d'orienter les incitations aux salles dans le cadre du système actuel en utilisant les outils existants que sont les labels. Rappelons d'abord que les salles bénéficiaires du classement reçoivent une subvention de fonctionnement du CNC, qui varie selon la catégorie dans laquelle l'établissement est classé. Ces subventions ne sont pas conçues comme des subventions d'équilibre, mais sont en principe destinées à encourager les responsables des salles à développer leurs actions d'animation du public et à prendre des risques en matière de programmation qu'ils ne pourraient assumer seuls. Il est à noter toutefois que ces subventions ne suffisent pas à elles seules à couvrir une politique de programmation très audacieuse, en raison d'un montant qui demeure dans la majorité des cas très mesuré. C'est ainsi qu'en 2005, la subvention moyenne par établissement se montait à 12.000 €. Elle était inférieure à 5.000 € pour près de 300 établissements, et ne dépassait 50.000 € que pour 25 d'entre eux. Certes l'enveloppe globale consacrée par le CNC à l'aide aux salles classées a été progressivement augmentée pour atteindre près de 12 millions d'euros. Un nouvel accroissement serait sans doute de nature à encourager une politique plus active d'animation des salles, mais s'agissant d'une dépense financée par le compte de soutien au cinéma, cette évolution est tributaire des équilibres généraux du compte.

La procédure de classement des salles en catégorie Art & Essai a fait l'objet d'une réforme importante en 2002. Les décisions de classement sont prises par le CNC, après avis d'une Commission nationale, elle-même précédée d'un examen des dossiers en région par des groupes d'experts professionnels siégeant auprès des DRAC. Les critères actuellement retenus peuvent être regroupés sous trois rubriques : diversité de la programmation, recherche des publics, qualité de l'animation locale.

Il semble en fait que la nouvelle procédure soit largement admise et que seul le mécanisme de la recommandation des films, déterminant pour le classement des salles, fasse encore l'objet de débats. En effet, si le terme de « film Art & Essai » est largement utilisé par les professionnels et le public, le sens de la recommandation et le processus de la décision demeurent à la fois méconnus et critiqués.

Les décisions de recommandation sont juridiquement signifiées par une décision du CNC, mais elles résultent du vote des membres d'un collège de 100 personnes, choisies d'un commun accord entre le CNC et l'AFCAE parmi des professionnels du cinéma et des personnalités connues pour leur engagement culturel. Selon une convention conclue avec le CNC, le fonctionnement du collège de recommandation est assuré par l'AFCAE (Association française des cinémas d'art et d'essai). Chaque membre du collège est saisi deux fois par mois de la liste des films sortis et doit formuler un avis personnel sur les films qu'il a effectivement visionnés, en tenant compte des critères énoncés dans les textes réglementaires. De la sorte la décision de recommandation intervient la plupart du temps bien après la décision du programmateur.

Plus de 60 % des films sortant chaque année sont recommandés, et cela comprend quelques films bénéficiant de sorties commerciales importantes. C'est pourquoi le système de la recommandation est parfois dénoncé comme laxiste, voire complaisant pour des films trop commerciaux. On se demande néanmoins en quoi une plus grande sélectivité de la recommandation suffirait à procurer une meilleure exposition aux films considérés comme trop faiblement programmés. Le nombre de salles classées serait réduit, ce qui ne manquerait pas d'être suivi d'une économie sur l'enveloppe de subventions dont celles-ci bénéficient sur le compte de soutien. Paradoxalement, une mesure visant à accroître la place faite à une culture cinématographique exigeante pourrait en fin de compte produire l'effet contraire et raréfier les écrans disponibles pour les films les plus difficiles. Il faut au contraire encourager l'existence de lieux ouverts, même de manière partielle, à cette catégorie de films.

Au demeurant, certaines études, notamment celles réalisées dans le cadre de l'ADRC, incitent à penser qu'une exploitation diversifiée est capable d'attirer un public significatif vers des films peu soutenus dans la grande exploitation. Elles montrent en effet que dans les salles classées Art & Essai, des films recommandés, choisis parmi ceux qui ont bénéficié d'une diffusion assez large, obtiennent des résultats parfois supérieurs à ceux enregistrés dans l'exploitation dite «généraliste» et dans les multiplexes. On ne proposera donc pas ici de remettre en question le régime de la recommandation pas plus que celui du classement Art & Essai. Si de nouvelles évolutions s'avéraient nécessaires, ce serait pour tenir compte de l'évaluation des résultats du système actuel, ainsi que des transformations à venir dans le fonctionnement technique et économique des salles de cinéma.

Il faut en revanche tenir compte de la complexité que ce système a atteint pour mieux identifier les points sur lesquels il mériterait d'être renforcé. Le parc Art & Essai n'est en effet nullement homogène. En particulier le classement tient compte de la situation géographique des salles. On ne peut en effet exiger d'une salle établie dans une petite ville en zone rurale le même niveau de programmation qu'une salle dans une grande ville universitaire. La salle de petite ville ne doit pas pour autant se voir écartée du classement, alors qu'elle est souvent le seul équipement culturel de la zone. Elle doit être au contraire soutenue pour son activité d'animation, même si sa programmation fait place à quelques titres annoncés comme des succès commerciaux nécessaires à son équilibre d'exploitation. Quant aux salles des grandes villes, c'est en revanche le niveau d'exigence de la programmation qui doit être observé en priorité.

C’est pourquoi plusieurs dispositifs ont été introduits pour inciter les salles classées ou candidates à diversifier leur programmation et à développer leur politique d'animation. Ainsi la «clause de diversité» a pour objet de valoriser la situation des salles dont la programmation dépasse certains seuils de films recommandés, en fonction de leur situation géographique, et d'écarter celles qui restent en deçà de ces seuils. Dans le même esprit ont été créés trois labels, «Recherche et découverte», «Jeune Public», «Patrimoine et Répertoire», qui entraînent une amélioration du classement pour ceux qui les obtiennent. La clause de diversité ayant été récemment «durcie», il convient d'en attendre les résultats avant d'y revenir éventuellement. En ce qui concerne les labels, on observe qu'en 2005, 326 établissements portaient au moins un des trois labels (soit 31 % des cinémas classés), dont 276 le label «Jeune public» et 117 le label «Recherche et découverte». Seulement 57 établissements (soit 157 écrans et 5,4 % du parc classé) étaient titulaires des trois labels simultanément. Dans le cadre d'une politique volontariste d'extension de la diffusion culturelle et de l'éducation au cinéma, ces chiffres peuvent être considérés comme faibles.

Il semble très délicat de modifier le seuil de films prévus pour l'obtention du label «Jeune public» (15 titres), dès lors que l'on se limite aux films expressément destinés aux enfants, en nombre trop faible sur le marché. Pour le label «Patrimoine et répertoire», les films accessibles sont définis selon des critères objectifs, ce qui laisse une marge de manœuvre plus étendue aux programmateurs désireux de présenter des films anciens. En revanche, pour ce qui est du label «Recherche et découverte», le seuil (de 20 à 25 titres) parait trop restrictif, non pas dans l'absolu mais au vu de la liste des films inscrits dans cette catégorie par la commission qui en est chargée.

Afin de renforcer l'incitation à la recherche de l'obtention des labels, il semble que deux voies complémentaires soient possibles : accroître la part faite aux labels dans le calcul du coefficient de majoration pris en compte pour le classement et le calcul de la subvention finale ; accroître le nombre de films y donnant accès. Dans le premier cas, cela suppose de rechercher un consensus au sein de la Commission de classement puisque le coefficient a un caractère sélectif et non automatique. Cela suppose sans doute aussi d’augmenter à la marge la dotation globale affectée au programme par le CNC. Dans le second cas, il conviendrait que les collèges qui sont chargés des deux catégories «Recherche et découverte» et «Jeune public», soient sensibilisés à cet objectif et élargissent quelque peu leur sélection. À titre indicatif, sur les quelques 300 films recommandés en 2007, seulement 59 ouvraient sur le label «Recherche et Découverte», soit moins de 20 %. Au vu des titres qui n'y figurent pas, il ne serait pas «laxiste» de porter ce chiffre à environ 30 %, ce qui ouvrirait de nouvelles possibilités aux salles sans détériorer la qualité de leur programmation. La même remarque peut aussi être faite à propos des films «Jeune public», parmi lesquels pourraient figurer des films qui ne sont pas destinés expressément aux enfants, mais méritent de leur être proposés comme le montrent les listes de films établies par les commissions compétentes des dispositifs d'éducation au cinéma.

dimanche 8 février 2009

B.II • 1 • Qu'est-ce qu'un festival de cinéma ?

Extrait du rapport "Par ailleurs, le cinéma est un divertissement...
propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma"
| Alain Auclaire Novembre 2008 |

Plusieurs centaines de manifestations dont le cinéma est l'objet ou le support sont organisées chaque année. Paradoxalement l’un des effets de cette accumulation est que la fonction des festivals dans la diffusion des films demeure sous-estimée. Or, on a vu qu’il s’agit d'un vecteur de diffusion culturelle du cinéma qui a pris une place significative à côté de la programmation en salle. Les festivals apportent une exposition aux films les plus difficiles et les plus rares, ils attirent les nouveaux spectateurs comme ils entretiennent l'intérêt des cinéphiles, ils participent de manière directe ou diffuse à la sensibilisation et à la formation de la culture cinématographique.

S'agissant du court métrage, dont la diffusion demeure notoirement marginale en dépit de l'action de l'Agence du court métrage, les festivals peuvent même participer directement à l'économie du film, ce dont témoignent des producteurs de films courts. Il faut à cet égard noter que les festivals consacrés au film court se sont multipliés depuis quelques années, et qu'ils figurent parmi ceux qui enregistrent la plus forte fréquentation publique et payante. Toutefois le statut juridique et économique des festivals demeure indécis. Comme il n'existe aucune définition juridique de la notion de festival, l'intervention des collectivités publiques, des professionnels, et des partenaires financiers, se fonde actuellement sur des critères de circonstance. Ainsi on tiendra compte de l’insertion de l’évènement dans la politique culturelle de la ville d'accueil, des effets induits sur la fréquentation ou la notoriété touristique, de la place acquise au fil des ans par la manifestation auprès des professionnels, de la critique, du public, voire de la capacité de conviction des organisateurs. Il serait donc très utile pour les organismes publics sollicités par les organisateurs que soient fixées quelques règles d'évaluation des festivals et manifestations culturelles. Quel est l'organisateur de la manifestation ? Quelle est la position des collectivités territoriales ? Quelle place est accordée aux partenaires privés et aux mécènes ? Comment se fait la sélection des films ? Quelles sont les relations avec les distributeurs ? Quel est le régime applicable au regard de la réglementation professionnelle du CNC ? Quel est le statut juridique et fiscal de l'accès pour le public payant ?

Pour ce qui est de l'intervention du ministère de la culture et de la communication et du CNC en faveur des festivals, les critères d’appréciation sont d’ordre culturel et professionnel. On citera notamment la notoriété internationale, les conditions de la sélection et de l'élaboration du programme, la sélection de films inédits au moins en France, la présence de la presse spécialisée, l'invitation et la présence de professionnels du cinéma et notamment des équipes des films, la nature et la notoriété des récompenses attribuées. On peut aussi considérer les conditions juridiques et financières dans lesquelles les films en sélection sont présentés, ainsi que les conditions d'accueil du public, sur invitation ou en accès payant, au moins pour une partie du public. Dans ce dernier cas, on observe que certains festivals utilisent le système de billetterie du CNC, donc s'inscrivent en tout ou partie dans le cadre de l'exploitation traditionnelle.

Les festivals sont des initiatives libres dont le contenu, les objectifs, la programmation relèvent de la seule autorité de leurs organisateurs. Faut-il néanmoins imposer aux festivals de cinéma un mode de fonctionnement réglementé pour obtenir le soutien des collectivités publiques ? Aussi longtemps que les festivals se bornent à une fonction de promotion reposant sur un échange en nature (prêt du film contre présence professionnelle et critique, programme spécifique contre soutien local), la réponse est sans doute négative. Il appartient aux professionnels de décider de l'organisation qui convient le mieux aux différentes parties intéressées à faire connaître un film, le « vendre » aux programmateurs, et attirer l'attention des médias. Il appartient aux responsables des collectivités territoriales de soutenir une manifestation qu'ils jugent utiles à leur ville, leur département, leur région, et ce quels qu'en soient les motifs, qui peuvent être étrangers au cinéma.

En revanche, le ministère de la culture et le CNC sont tenus de respecter le principe de spécialité de leur mission : le soutien à la création à la production et à la diffusion des œuvres, le soutien à l'investissement, la régulation du marché, l'action en faveur de la diversité sociale et culturelle. De surcroît, les règles de décentralisation et de déconcentration imposent de suivre des procédures adaptées aux différents échelons de compétence mis en jeu. Au terme de cette analyse, il paraît utile de recommander des mesures de clarification permettant à chacun d'identifier les régimes juridiques à respecter, les interlocuteurs utiles, leur niveau de compétence et leurs critères d'intervention.